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Geneviève FALGAS
g.falgas@orange.fr

A.F.N.A.R.T. - 19-20 juin 2015 - AVIGNON

« Le départ des Français de Tunisie  (1954-1964) »


    Quand nous nous retournons sur le parcours de nos vies, ce qui s’est passé il y a maintenant plus de cinquante ans nous semble une époque très ancienne, bien loin de nos vies actuelles, un peu comme si nous avions eu une existence antérieure. Et pourtant, ce que nous avons vécu fait aujourd’hui partie de l’Histoire, celle de la colonisation, qui concerna les grands pays européens pendant une partie du XIXe siècle et du XXe. Et puis, cette Histoire nous a emportés dans les tourbillons de la décolonisation.
A ce titre, en ce qui concerne la France, savoir comment les Français sont arrivés dans ces pays d’outre-mer, comment ils y ont vécu, et comment ils en sont partis constitue, non un retour individuel et passéiste sur cette Histoire, mais un vrai sujet d’étude collectif, social et humain.
Aujourd’hui, je brosserai un rapide tableau des causes précises du départ des Français de Tunisie, et des conditions dans lesquelles il s’effectua.


1 – Situation des Français de Tunisie entre 1954 et 1958

Le départ des Français de Tunisie vers la métropole s’est étalé sur une dizaine d’années, de 1954 à 1964, contrairement à celui des Français d’Algérie qui s’effectua massivement au cours de l’été 1962. Le dernier recensement de la période du protectorat chiffrait à 180000 personnes la population française dans ce pays [1] soit à peine la population d’une ville moyenne comme Reims (180000), Le Havre (177 000) ou Saint-Etienne (177 000), un peu plus que Toulon (165000).
Bien que les premiers événements qui conduisirent à l’indépendance aient éclaté en janvier 1952, les premiers départs – soit 2 133 personnes - ne furent enregistrés qu’à partir de juillet 1954, quand Pierre Mendès-France accorda à la Tunisie ce qui fut appelé l’autonomie interne. En 1955, ce sont 8182 personnes qui quittèrent le pays : ces chiffres sont extraits de nombreuses sources d’archives que citent les historiens Jean-Jacques Jordi et Emile Temime dans leur étude sur les Rapatriements d’Afrique du Nord parue en 1996 : « Marseille et le choc des décolonisations [2].
C’est à partir du mois de mars 1956, après la signature de l’indépendance le 20 mars, que la vague des départs s’intensifia. De plus, le 23 octobre [3], l’avion transportant Ben Bella et les chefs du FLN, fut intercepté à Alger. Or, en provenance du Maroc, il était attendu à Tunis où devait s’ouvrir une conférence sur l’aide à apporter à l’Algérie. A la nouvelle de cette arrestation, des manifestations anti-françaises eurent lieu dans toute la Tunisie : la situation fut préoccupante pour les Français, dans les jours qui suivirent. Des accrochages entre l’armée qui cherchait à circuler pour son ravitaillement et les civils tunisiens qui dressaient des barrages sur les routes firent, selon les chiffres avancés, 20 tués, 9 Français, 11 Tunisiens. Le 28, la situation ne s’était pas apaisée : des manifestations diverses firent 61 blessés, 20 Français, 41 Tunisiens [4].
L’autre élément qui fragilisait la position des Français en Tunisie, c’était la question du maintien de l’armée française dans le pays, que la France ne voulait pas évacuer trop vite, et le refus d’abandonner la base militaire de Bizerte : à chaque crispation sur ces sujets, les Français devenaient des otages. Le 13 juillet 1956, le ministre des Affaires étrangères, Christian Pineau, déclarait : « Notre armée, devant couvrir l’Algérie, veiller à la sécurité des Français des ex-protectorats et assurer la défense de la Méditerranée, doit maintenir sa liberté de manœuvre et Bizerte restera une base française [5]».
Par ailleurs, depuis la proclamation de l’autonomie interne, en 1954, les Français étaient devenus des étrangers en Tunisie : à la suite d’un arrêté, pris par Roger Seydoux,  Haut-commissaire de France (ex-Résident général), le 22 novembre 1955, les délégués au Haut-commissariat, c’est-à-dire les anciens contrôleurs civils, doivent procéder à l’immatriculation de tous les Français, afin de les enregistrer à l’Ambassade de France [6]. A partir du 10 novembre 1956, les Français sont soumis à l’obligation du passeport et du visa pour entrer en Tunisie, y compris ceux qui y sont domiciliés. Beaucoup craignent de ne pouvoir entrer ou sortir librement du pays, et surtout de ne plus être en mesure d’y revenir après une absence prolongée [7], inquiétude d’autant plus vive qu’une précision interviendra quelques jours plus tard : à la sortie de Tunisie, le passeport ne sera pas obligatoire, mais il le sera pour y entrer [8]. Ces changements brusques, joints à l’instabilité de la situation politique, déclenchent au sein de la communauté française un véritable exode vers la France : entre 1956 et 1958, les statistiques chiffrent à 106 000 le nombre de Français qui quittent la Tunisie, sur les 180 450 ressortissants, on le rappelle, que comptait cette communauté française au dernier recensement de la période du protectorat, en 1956 [9].  Ainsi, de 1954 à 1958, ce sont près de 120 000 Français qui  partent, soit presque les trois-quarts de cette population. 
Face à ce problème, alors que l’horizon est sombre aussi pour les Français d’Algérie [10],   le sénateur Antoine Colonna interpelle le gouvernement, à Paris, sur la question : il dénonce les « difficultés », les « détresses » de la plupart de ses compatriotes, parlant même de « misère », pour les plus vulnérables [11], déjà touchés par la crise économique qui sévit dans le pays : en avril 1956, les méfaits du gel, aggravant cette crise, sont « une véritable catastrophe agricole [12] ». La question de l’avenir des Français de Tunisie se pose donc au gouvernement métropolitain, dans l’urgence, cette fois-ci : le secrétaire d’État au Budget déclare, le 12 juillet [13], que de « nombreuses » mesures ont été prises en leur faveur, et qu’ils seront défendus au cours de négociations à venir. Mais l’ensemble de ces affirmations reste vague. En novembre 1956, une communication concernant « la situation des ressortissants français au Maroc et en Tunisie [14] » ne dégage aucune mesure concrète : Maurice Faure, secrétaire d’État aux Affaires étrangères, se contente de faire savoir, en un style hésitant, qu’ont été évoquées, au sein du gouvernement, « les conditions dans lesquelles ces ressortissants qui estimeraient leur sécurité personnelle menacée, pourraient éventuellement obtenir leur rapatriement ». (Au Maroc, sur une population française plus nombreuse - 320 000 personnes - le rythme des rapatriements se poursuit de la même manière). 
En réalité, ces déclarations sans objet disent l’embarras du gouvernement français « en face de certains problèmes posés par la situation de ses ressortissants en Tunisie [15] », à l’exception des fonctionnaires pour qui un plan de « recasement » a été élaboré : il est évident que la France ne sait plus quoi faire de ce peuplement qu’elle a eu tant de mal à constituer. Pour tous les Français du secteur privé, entreprises commerciales, industrielles, et « même agricoles », une voie est suggérée : que ceux qui sont financièrement en difficulté, ou « inadaptables  au climat nouveau » partent vers la France, où ils bénéficieront, comme tous les Français, de facilités de crédit pour se refaire une situation en métropole [16]. Pour les autres, qu’ils restent en Tunisie « où l’on espère vivement voir les Français coopérer étroitement et de façon fructueuse sur le plan économique [17] », puisqu’il est vrai que, dans l’ensemble, et malgré l’insécurité ambiante, les Français continuent à exercer leurs activités professionnelles. Cette dernière possibilité semblait, somme toute, réaliste, dans le contexte du moment, puisque Habib Bourguiba envisageait, sur le plan économique, la formation d’« une entité nord-africaine liée librement à la France par les liens d’une libre coopération [...] et libre elle-même de tout sentiment hérité de la période de colonisation [18] » : les Français du pays auraient été les premiers à être impliqués dans cette coopération.
Cependant, si beaucoup partirent, en cette année 1956, beaucoup d’autres restèrent [19], cherchant à s’adapter aux conditions nouvelles, tandis que certains, à la recherche de la meilleure solution, tournaient leurs regards vers l’étranger : « Cinq cents familles de colons de Tunisie envisagent de se fixer en Amérique du Sud », titrait La Dépêche tunisienne du 8 août 1956. Une équipe de prospecteurs fut envoyée sur place, poursuivant cette mission d’enquête en Uruguay, au Brésil et au Paraguay, après l’Argentine où, dans la région de Buenos-Aires, les dirigeants de coopératives locaux se déclarèrent très favorables à l’installation de familles françaises. L’enquête menée fut réalisée par des « experts agricoles sur l’initiative d’organisations agricoles privées tunisiennes ». L’affaire n’eut, semble-t-il, pas de suite. D’autres destinations furent envisagées, comme le Canada ou l’Australie, mais bien peu certainement tentèrent à nouveau l’aventure.


2 – Situation des Français de Tunisie à partir de 1958

D’après les chiffres avancés au Colloque de Marseille, en mai 1995 – et déjà cité (édition parue en 1996) -  qui avait pour thème « le choc des décolonisations », près de 130 000 Français avaient quitté la Tunisie en 1960. Parmi ces rapatriés, il y aurait eu peu de colons et leurs familles, leur nombre étant évalué à 2 000 personnes sur les 12000 que comptait cette catégorie sociale [20] : ils auraient donc réellement essayé de se maintenir dans le pays. L’avenir pourtant devait montrer, pour l’ensemble des Français, que ce maintien était incompatible avec la situation politique nouvelle, en dépit des déclarations d’Habib Bourguiba et des responsables tunisiens. Entre 1964 et 1965, la communauté française de Tunisie avait presque entièrement disparu : en 1966, elle représentait moins de 10 % de ce qu’elle était en 1956, passant ainsi de 180000 personnes à moins de 18 000, y compris un certain nombre de coopérants nouvellement arrivés [21].
Trois événements successifs ont précipité cette disparition : le 8 février 1958, un événement fortuit, mais en réalité le soutien apporté par la Tunisie à la résistance algérienne, provoque le bombardement du village frontalier de Sakiet-Sidi-Youssef, faisant 72 morts et de nombreux blessés [22], d’après les chiffres avancés par Pierre-Albin Martel, rédacteur au journal Le Monde, qui avait été nommé à l’Institut Tunisien de Presse, en novembre 1956 [23]. Les relations se tendent avec la France, les Français ressentent fortement cette tension d’autant plus que les nombreux départs de compatriotes ont fragilisé cette communauté [24], et qu’ils sont, désormais, dépendants, pour leur sécurité, des seules autorités tunisiennes [25].
En 1961, éclate la crise de Bizerte, soudaine et brutale, alors que le général de Gaulle préside aux destinées de la France et au règlement du problème algérien, sur fond de revendications tunisiennes : Bourguiba demande la rectification des frontières, aux confins sahariens, à cause des champs pétrolifères qui échappent à la Tunisie [26]. Par ailleurs, Bourguiba est toujours en lutte contre la propagande yousséfiste en provenance du Caire, où vient d’être prononcée « l’exclusion de la Tunisie de la Conférence des pays non-alignés », prévue pour septembre, en raison des « positions pro-occidentales » du chef de l’Etat [27]. En cette époque de prémisses des pourparlers franco-algériens, Bourguiba pense le moment venu de faire fléchir de Gaulle afin qu’il accélère la rétrocession de Bizerte à la Tunisie. Le prétexte choisi pour déclencher l’affaire est l’agrandissement par la Marine de l’aérodrome de la base : « l’ampleur des travaux entrepris exclut aux yeux des Tunisiens toute idée de départ [28] », selon le point de vue de Bourguiba, qui fixe un ultimatum à de Gaulle en vue de l’évacuation de la base [29]. Pendant ce temps, en plus de l’action militaire, trop faible en raison de la disproportion des forces, les responsables tunisiens « ont misé sur la pression populaire pour forcer les fortifications françaises [30] », mais c’était compter sans la détermination du gouvernement français, dont la riposte militaire fut immédiate : les pertes humaines du côté tunisien furent importantes, bien que difficilement chiffrables vu l’absence de sources croisées sur cette question.
Le général de Gaulle, dans le Tome I des Mémoires d’espoir, a consacré plusieurs pages à la genèse et aux conséquences de l’affaire de Bizerte. Il relève deux motivations principales pour expliquer l’attitude du Président Bourguiba dans cette affaire : « Ainsi, le « Combattant suprême » reprendra-t-il aux yeux du monde arabe, pendant qu’il en est temps encore, la figure d’intransigeant ennemi du « colonialisme français » et, d’autre part, obtiendra-t-il la cession des terrains pétrolifères désirés [31] ». Puis il explique sa propre attitude, en une logique gaullienne, après avoir rejeté l’ultimatum adressé par Bourguiba, suivant le principe « qu’une solution ne saurait être recherchée dans une atmosphère de passion, ni sous la menace de manifestations populaires : « [...] pour résolu que je sois, écrit-il, à dégager notre pays de ses entraves outremer, pour conciliant, voire prévenant, que j’aie été depuis toujours à l’égard de la Tunisie, je n’admets pas qu’on manque à la France. C’est pourquoi notre riposte militaire est rude et rapide [32] ». La base aéronavale de Bizerte ne fut remise à l’Etat tunisien que le 15 octobre 1963, après l’indépendance de l’Algérie.
Quoi qu’il en soit, les ressortissants français encore en Tunisie supportèrent les conséquences de cet évènement et de la rupture diplomatique qui s’ensuivit : plus de 16 000 d’entre eux [33] quittèrent précipitamment le sol tunisien entre la fin juillet et la fin novembre 1961 [34] , après que certains furent appréhendés, si l’on en croit les témoignages rapportés, sur leur lieu de travail ou d’habitation, y compris pendant la nuit, et dirigés vers des centres de détention [35]. Ils y restèrent environ deux mois (parfois moins, parfois plus, selon les témoignages), condamnés à des travaux divers jusqu’à leur libération, en échange de prisonniers tunisiens [36], tandis que bien d’autres, échappant aux rafles, se dépêchèrent de quitter le pays.
A partir de cette date, en ce qui concernait les colons, de nombreuses fermes furent encore abandonnées, mais certains tentaient de se maintenir : un troisième évènement pourtant, la nationalisation des terres, en 1964, eut raison de cette résistance. Un témoin de cette époque, Tahar Belkhodja, a fait l’historique de l’expérience collectiviste menée par Ahmed Ben Salah, ministre de l’Agriculture et du Plan [37], de 1964 à 1969, dans le cadre de la collectivisation de l’économie : 400 000 hectares de terres, dans le nord, détenues par les étrangers, c’est-à-dire les Français, furent annexées au domaine de l’Etat, et transformées en « unités coopératives de production », les UCP. En 1969, Ben Salah décida d’étendre ce système coopératif à l’ensemble des terres cultivables [38], mais les ouvriers agricoles, qui prirent le nom de « coopérateurs », et à qui on expliqua qu’ils devenaient salariés de ces unités de production, montrèrent des réticences à s’intégrer à un tel système [39] : les petits propriétaires se virent dépossédés de leurs terres [40], qui accrurent la superficie des UCP [41], les troupeaux furent rassemblés, les paysans « enrégimentés », peu payés, et soumis à une obligation de « travail volontaire » non rétribué. Les résistances se firent violentes : en 1967, lors d’une visite dans le gouvernorat de Sfax, le ministre Ben Salah et ses collaborateurs furent hués et insultés, obligés de fuir sous les jets de pierres [42]. C’était l’échec total de cette politique collectiviste : une loi du 22 septembre 1969 décréta l’abandon de l’expérience coopérative, et quelque temps après les terres privées incluses dans les UCP furent rendues à leurs propriétaires [43]. Mais l’agriculture sortait cassée de cette aventure, avec « une productivité désastreuse, qu’avait aggravée la mauvaise gestion des UCP [44] ».


3 – Disparition de la population française de Tunisie : exemples individuels

Pour les autres catégories sociales, le maintien dans le pays fut également impossible. En fait foi le témoignage suivant : « Nous avions pensé demeurer dans ce pays qui était le nôtre […]. [Mon mari], commerçant, était en proie à toutes sortes de brimades et pour un oui ou pour un non, on l’emmenait au commissariat. Finalement, il s’est vu intimer l’ordre de laisser sa place à un Tunisien, car il occupait un local dont les murs appartenaient à la municipalité désormais devenue tunisienne […] [45]. Par ailleurs, la collectivisation du commerce, qui entraîna la disparition des commerçants et artisans, eut pour conséquence le départ de la majeure partie des Français appartenant à cette catégorie sociale, sans parler des Italiens qui réglèrent leur sort avec leur propre consulat [46].
En réalité, on peut établir, de nombreux écrits convergeant sur ce point, que la collectivisation à laquelle fut soumise la Tunisie, anéantit quelques-unes des structures économiques importantes laissées par le protectorat, sans avoir réussi à les remplacer. Soulignent l’ampleur de cet échec, non seulement les témoignages laissés par des acteurs ou des observateurs de l’époque, comme le ministre Tahar Belkhodja ou le journaliste Pierre-Albin Martel venus chacun d’horizons différents, mais le désaveu même de Bourguiba quant à l’œuvre entreprise par Ahmed Ben Salah, face à l’effervescence populaire : à l’issue du procès qui s’était ouvert devant la Haute Cour de justice, l’ancien ministre du Plan fut condamné à « dix ans de travaux forcés, dix ans d’interdiction de séjour, privation des droits civiques et politiques » en réponse aux accusations de « haute trahison, manque de confiance envers le Chef de l’Etat, irrégularités financières et administratives, falsification des statistiques, manœuvres politiques en vue d’accaparer le pouvoir » [47].
Tandis que le destin économique de la Tunisie se poursuivait entre échecs et réussites [48], comme par exemple dans l’industrie et le tourisme, la communauté française, en 1966, se trouvait réduite à moins de 10 % par rapport au recensement de 1956 [49], soit 15 000 à 18 000 personnes et, en 1966, plus aucun colon, en particulier, ne restait dans le pays. Sur le plan politique, c’est donc le collectivisme mis en place par Ahmed Ben Salah en 1964 qui liquida la propriété agricole française, selon un processus connu.
Sur le plan humain, quelques brefs récits, renseignent sur la manière dont s’effectua cette éviction des derniers colons. Seuls des témoignages privés permettent de retracer quelques-unes de ces fins de parcours. Ceux qui s’en allèrent avant 1964 le firent sous la pression des évènements mais non dans l’urgence, ayant pris le temps de régler leurs affaires, de louer leurs terres à des Tunisiens, avec bâtiments et matériel, même si au bout du compte tout fut perdu. Pour les derniers, la situation fut souvent plus délicate, comme en témoignent certains récits d’agriculteurs qui vécurent cette période.
L’un d’eux [50] raconte que, contrairement aux accords franco-tunisiens d’avril 1964, laissant aux étrangers, pendant 15 ans, la possibilité d’exercer leurs activités professionnelles, le décret de nationalisation du 12 mai 1964 bouleversa la situation. Quelques jours plus tard, le témoin vit arriver, peu avant midi, un véhicule avec trois personnes à bord, représentant les autorités locales, qui firent l’inventaire complet de la propriété, bâtiments, matériel et cheptel, puis lui signifièrent qu’il devait quitter les lieux au plus vite. A sa demande concernant le temps dont il disposait pour partir, il lui fut répondu « simplement » que « l’autorail passait à 17 heures ». Le colon parlementa, et se vit en fin de compte autorisé à conserver une fourgonnette, à bord de laquelle il partit, ayant ainsi évité de « quitter la ferme à pied » : « J’ai donné à mon homme de confiance [...], poursuit-il, tout ce qui restait dans la maison,  ainsi que les quatre vaches et veaux (prétextant qu’ils lui appartenaient). Après avoir chargé une cantine et quelques bricoles, je leur remis les clés et quittai ces lieux avec la gorge serrée, les yeux embués, contemplant une dernière fois le travail de nos grands-parents. La page était tournée ». Une fois rejoint Tunis, où arrivaient aussi peu à peu les autres agriculteurs expropriés, il se rendit à l’ancienne Résidence générale, où l’Ambassadeur, Jean Sauvagnargues, leur fit constituer des commissions pour l’évaluation des biens spoliés. Des bureaux furent mis à leur disposition et les commissions, composées de trois ou quatre personnes chacune, fonctionnèrent sans tarder : elles enregistrèrent les déclarations des agriculteurs, qui auraient à en fournir les preuves, et une évaluation fut ainsi faite : « J’en assurai le secrétariat jusqu’au 26 août 1964, date de mon retour en France ».
Le récit d’un autre témoin [51] fait état de la même hâte dans l’application du décret [52] : quelques jours après la date de promulgation, l’agriculteur fut convoqué au siège du gouvernorat [53] où on lui annonça que sa propriété allait être nationalisée, et qu’on l’informerait bientôt de la suite des événements. « En effet, le lendemain matin, se souvient-il, un motocycliste tout de noir vêtu » vint lui dire que son exploitation était devenue propriété de l’Etat tunisien, et qu’il avait 15 jours pour déménager ses affaires personnelles : « Au revoir Monsieur me dit-il », puis il repartit « sans être descendu de sa moto ».
De même, un troisième témoignage, provenant d’une correspondance écrite entre le 4 avril et le 21 juin 1964 [54], met en évidence la brusquerie de cette dépossession : la première lettre est tout empreinte d’attente, d’incertitude, prouvant aussi que la nationalisation des terres avait commencé avant la promulgation du décret : « [...] ce n’est pas encore cette année que l’on prendra nos terres, donc nous continuerons comme par le passé à faire les travaux, en attendant que l’on se décide à nous renvoyer. [...] Au Goubellat, beaucoup de propriétés ont été prises par le Gouvernement et les propriétaires [...] avertis ». Puis, sans transition, une lettre du début juin explique que la correspondante et son mari ont eu connaissance, le 23 mai, de l’arrêté du gouvernement tunisien les expropriant, suivi d’un inventaire complet de leur propriété et d’une « autorisation de 10 jours pour déménager ». Les dernières lettres exposent la situation de ces agriculteurs expropriés et repliés sur Tunis, où la vie se réduisit pour eux aux démarches et formalités à accomplir avant le départ, sous la direction de l’Ambassadeur : remplir des formulaires en vue d’une attestation officielle de rapatriement, répondre à des questionnaires afin d’établir l’état des biens spoliés, obtenir, surtout, le quitus fiscal qui les dégagerait de toute obligation vis-à-vis du Trésor public tunisien et sans lequel aucun départ n’était possible. On les sent également, à travers ce qu’en écrit la correspondante, suspendus aux nouvelles en provenance du gouvernement, à Paris, pour savoir s’ils seraient aidés à leur arrivée en France, et de quelle manière, le tout sur fond d’inquiétude, tempérée de fatalisme : « Le moral est bon malgré le souci du plus tard, mais [...] nous y arriverons avec de la patience, à notre âge on a appris à en avoir ». Il est à noter cependant que les agriculteurs expropriés, privés de leur outil de travail [55], ne furent pas expulsés du pays, et qu’ils restèrent libres de leurs mouvements, puisque ce troisième témoin envisage la possibilité d’un retour en Tunisie, après les mois d’été passés en France, au cas où des formalités resteraient à accomplir : « Je crois [...] que la semaine qui vient va nous apporter beaucoup de choses à faire et peut-être verrons-nous la fin de cette vie en Tunisie, ou alors nous partirons passer deux mois en France et nous reviendrons ».
    Le départ des Français, et des Européens en général, entraîna la quasi-disparition des chrétiens de ce pays. L’auteur de la correspondance ci-dessus évoquée, signale, par ailleurs, dans sa lettre du 4 avril 1964 que les fêtes de Pâques furent « très calmes » et qu’il n’y avait à la messe que quelques fidèles : en 1970, dans cette même région, les registres paroissiaux conservés au siège de la Prélature, à Tunis, n’enregistrent plus aucun acte de catholicité, baptême, mariage, sépulture, de même que dans presque tout le pays [56]. En réalité, le départ des catholiques fut bien antérieur à cette date : quelques mois après la nationalisation des terres, le 22 novembre 1964, la Prélature procéda à une sorte de recensement des « pratiquants [57] », dégageant le chiffre de 7 465, répartis à Tunis et dans les paroisses environnantes, avec 4 166 Français [58], 2 392 Italiens, 395 Maltais, et quelques nationalités diverses. Quant à l’intérieur du pays, seule subsistait une petite communauté de 83 personnes à Béja, et quelques chrétiens isolés, en particulier dans les régions de Sousse, Sfax et Gabès [59]. L’indépendance du pays et la disparition de la communauté européenne avait entraîné la dissolution de cette Nouvelle Eglise d’Afrique organisée par le cardinal Lavigerie : un Modus Vivendi, signé le 10 juillet 1964, entre Tunis et le Vatican, avait consacré cette disparition, et donnait un nouveau statut à la présence de l’Eglise dans ce pays. L’Archevêque de Carthage perdait son titre de Primat d’Afrique pour devenir Evêque Prélat Nullius de Tunisie ; la plupart des paroisses étaient dissoutes et la presque totalité des églises devenaient propriété de l’Etat tunisien. Les marques visibles de la religion, en général, étaient effacées, jusqu’au son des cloches, interdit à partir du 12 septembre 1964 [60]. L’Eglise était désormais un « hôte » de la République tunisienne, tenue à la discrétion dans l’exercice de son apostolat [61], « réduite à la valeur d’un signe au cœur de ce pays [62] ». Elle y pratiquait sans bruit « diverses formes d’engagement, de service et de présence : éducation et santé, compagnonnage dans les villages et les quartiers, participation à des associations tunisiennes [63] », parallèlement à son action auprès des catholiques du pays. Elle  n’était plus qu’« un petit troupeau fragile », selon l’expression du Pape Jean-Paul II qui fit un voyage en Tunisie en avril 1996, et avait, à cette occasion, exhorté les fidèles à remettre en Dieu leur espérance [64].
Dans ce cadre de la décolonisation, il y eut également la désaffectation des cimetières chrétiens disséminés à travers le territoire, y compris celui de Bab-el-Khadra, à Tunis : construits à l’extérieur des villes ou des villages, à l’époque du protectorat, l’extension des zones urbaines les avait placés au milieu des constructions nouvelles. Le manque d’entretien et l’absence d’inhumations depuis 1964, pour la plupart, rendaient leur maintien problématique, et peu à peu ils furent supprimés [65]. Dans un premier temps, c’est-à-dire au cours des années qui suivirent l’indépendance, les familles qui le purent, financièrement, firent procéder à un transfert des corps de leurs proches vers des cimetières métropolitains ; le cas échéant, ils laissèrent en terre tunisienne ceux des générations antérieures, dans l’impossibilité matérielle, pour ces familles, de rapatrier tous leurs défunts [66]. D’après les témoignages oraux recueillis, cette opération de transfert fut vécue avec des sentiments mélangés par ceux qu’elle concerna : tous ressentirent de l’apaisement à ne pas avoir laissé derrière eux leurs proches parents, certains aussi beaucoup de nostalgie, au-delà même du recueillement légitime accompagnant ce genre de démarches. Peut-être cette délocalisation des sépultures défaisait-elle le lien le plus symbolique qui les rattachait au pays d’origine. En portant atteinte en quelque sorte au caractère sacré et définitif du repos des défunts, elle touchait les vivants de plein fouet : les cimetières matérialisant l’implantation d’une communauté dans un pays, la disparition de ces lieux entraînait celle de la communauté elle-même [67]. La désaffectation des cimetières chrétiens en Tunisie fut un des éléments d’une « décolonisation religieuse » du pays [68].
Le problème des cimetières chrétiens abandonnés embarrassa longtemps les autorités locales tunisiennes, et l’on estime que la durée de ces désaffectations se prolongea sur une dizaine d’années [69]. Seul subsiste aujourd’hui, à Tunis, le cimetière du Borgel, vers lequel furent dirigées les dépouilles mortelles non réclamées par les familles [70], ou celles provisoirement en transit avant leur rapatriement vers la France, ou l’Italie. 
Passées les fêtes de l’indépendance, on assista à la liquidation de toutes les institutions du protectorat, dans les domaines les plus divers [71].


4 – Entre départs et arrivées : entre présent et passé, adaptation pour les uns, nostalgie pour les autres

Pour ceux qui arrivèrent en France dans la force de leur jeunesse ou de leur âge mûr, les réalités de la vie quotidienne leur firent tourner la page : ils s’adaptèrent et mirent toute leur énergie à faire leur place au sein de la société française, la seule préoccupation étant de construire l’avenir.
Mais pour les plus âgés, ils rejoignirent la France dans le désarroi, alors que les pressait la nécessité d’une nouvelle adaptation. Beaucoup se replièrent sur eux-mêmes, parlant peu, dévoilant peu leurs sentiments, d’autant plus que le rapatriement de cette communauté peu nombreuse s’effectua dans l’indifférence et l’incompréhension de la population métropolitaine.
Dans le cadre d’une enquête d’opinion que j’ai menée pour cette étude, il y a maintenant de nombreuses années, alors que les plus âgés de ces Français de Tunisie étaient encore vivants, 18 témoins parmi les 90 ont répondu ne plus éprouver qu’indifférence à l’égard de la Tunisie, mais une seule de ces affirmations est catégorique. Pour les autres, il y a refoulement de ce passé plus qu’absence de sentiment, dépit envers un pays aimé qui vous a chassé : l’un qualifie son indifférence de « légère », l’autre lui accole le mot d’« amertume », un troisième va jusqu’à parler d’une passion qui a mal tourné ; deux ou trois autres expliquent que leur attachement à la Tunisie se rapporte seulement à leurs souvenirs, peu importe le pays ; un autre dit éprouver de l’indifférence, mais note plus loin : « [...] je regrette beaucoup ce pays, qui est aussi beau que notre chère France ». Tout cela sent fortement l’amour blessé.
Quant aux autres témoins, ils disent sans détours leur attachement à la Tunisie, et à la qualité de la vie qu’on y menait : « Attachement à une œuvre accomplie, à une terre, à une population familière, à un pays encore authentique » [72], où l’on cultivait « le goût de l’indépendance, d’une certaine liberté » [73]. L’homme avait-il le sentiment d’agir sur son destin, dans cet environnement de grands espaces, ouvert aux entreprises ? C’est peut-être le sens de ce que notait une voyageuse métropolitaine, en visite chez des amis colons, en 1927, alors qu’elle faisait le portrait du mari : « [ses yeux bleu vert sourient de malice], mais le plus souvent, rapporte-t-elle dans son journal, ils regardent au loin. Ils ont erré sur les espaces illimités et en ont gardé la mesure » [74]. En 1888, un autre voyageur, dont la famille se fixa en Tunisie, avait écrit : « Quel beau pays ! Quand on habite ces pays, on doit avoir peine à mourir. On comprend que les gens qui les ont habités ne puissent plus se décider à aller habiter ensuite en France » [75]. Il n’est pas de récits, de mémoires écrits par des rapatriés qui ne disent cet attachement à la Tunisie. Ils déclinent l’expression de ce sentiment dans une étonnante richesse de sensations, d’évocations, de descriptions, concernant en particulier les paysages et l’atmosphère comme en témoignent les exemples suivants : « Nos jardins embaumaient l’oranger, le jasmin, la menthe et la verveine, les roses du Bengale, le géranium-rosat, le chèvrefeuille » [76]« Je me souviens d’un autre parfum, qu’on respirait celui-là toute l’année, celui de la plage de Tabarka. Rien que pour le humer encore une fois, je crois que j’entreprendrais le voyage si je le pouvais [...]. Il venait du sable mouillé, des algues et du bois goudronné des barques » [77]. « Il y avait le bruit de la vie, les cris d’oiseaux, des milliers de moineaux, le vol des martinets et des hirondelles [...]. Il y avait les couleurs : l’or rosé de l’aurore sur le Bou Kornine et sur la mer et la pourpre du soleil couchant [...], [les] champs de Dermech couverts au printemps de grosses marguerites jaunes et d’énormes coquelicots se balançant au vent comme des vagues [...]. Toute ma vie j’ai senti qu’un jour, il me faudrait exprimer toute cette beauté [...] » [78]. Ce dernier mot revient souvent sous la plume ou dans les réponses des témoins : « Je bénis les dieux de m’avoir permis de goûter au charme de ce pays, à sa beauté » [79]. Quand il est exprimé, cet attachement au pays a perduré, résistant à l’éloignement dans l’espace et le temps, à la rupture des liens historiques, et s’est traduit chez certains témoins, par une nostalgie définitive : « C’est encore un sentiment qui nous prend au ventre quand on y pense », déclare un témoin [80], tandis que d’autres mentionnent « la grande tristesse » et « les regrets » [81] qu’ils continuent d’éprouver pour le pays perdu, en constatant malgré tout que, comme « il faut bien s’habituer à tout » [82], « petit à petit c’est la résignation qui a prévalu » [83]. Ceux-là n’ont pas fait leur deuil de ce qu’il convient d’appeler un exil, parce qu’ils ont l’impression que cette tranche de vie antérieure demeure inachevée, pour ne pas dire mutilée, comme en suspens.
Pour conclure, la plupart des Rapatriés restent attachés à la Tunisie mais ils considèrent cette partie de leur vie « sans nostalgie » : de longues décennies se sont succédé depuis en France, consolidant leur implantation dans ce pays, éloignant toujours plus dans le temps les lieux de l’enfance et de la jeunesse. En effet, aujourd’hui, les plus âgés de ces Rapatriés des années 1954-1964, ne sont plus de ce monde. Restent les autres, dont beaucoup étaient enfants à cette époque, ou en plein épanouissement de leur jeunesse : pour ceux-là, leur histoire tunisienne appartient au passé, même si chacun sait bien qu’il restera toujours quelque part en eux une fenêtre ouverte sur le pays des premières années.  Pour tous, ceux d’hier et ceux d’aujourd’hui, l’histoire privée s’est inscrite dans une partie de l’Histoire contemporaine, celle de l’époque coloniale des grands pays européens.

 

Bibliographie

Témoignages de Français (ou de personnes d’origines diverses)  ayant vécu en Tunisie 
N.B. Cette liste exclut les livres purement historiques

publiés :
Amira-Bournaz Maherzia, C’était Tunis 1920 (tome I), collection Omnibus, 2005, 90 p. ; Maherzia se souvient, Tunis 1930 (tome II), Cérès Editions, Tunis 1999, 182 p.
Boué Georges, L’Ecole Coloniale d’Agriculture de Tunis et ses anciens élèves, Toulouse, 1991, 720 p.
Burel Maurice, Quand les oliviers nous regardaient pousser, Guy Rousseau éditeur, 2003, 167 p.
Chouchan Pierre, La Ferme du juif, Edition Romillat, Paris, 1998, 278 p.
Chikly Gilbert, Tunis, Goulette, Marsa, aux yeux du souvenir, éd. Gilbert Chikly, 4 rue Turin, 95160 Montmorency, 1999, 145 p. (imprimerie Durand, 1999, 28600 Luisant),et Tramway pour Bab-Souika (premier ouvrage, mais pas de référence édition)
Cohen Georges, De l’Ariana à Galata, Editions Racines, Vincennes, 1993, 188 p.
Ducurtil Florian, Historique d’un bled. Le Goubellat, Guinle Tunis, 1934, 114 p.
Falgas Geneviève, Les Oies sauvages, une famille française en Tunisie (1885-1964), L’Harmattan, 2009, 287 p.
Hayat Albert, Iahasra, impressions Dumas, Saint-Etienne, 1993, 240 p.
Houri-Pasoti Myriam, Eliaou ma Tunisie en ce temps-là, Gil Wern Ed., Paris, 1995, 272 p.
Iacoponelli-Caléca Claudine, Le Passé refleurit toujours comme les cyclamens du Bou-Kornine, Editions  Mémoire de notre Temps, Montpellier, 2002, 195 p.
Jean Nicole, Une enfance tunisienne, L’Harmattan, 2004, 237 p.
Lacour-Galéa Joyce, En fermant les yeux, je vois, là-bas, Ed. Le Champ des Cadets, Marseille, 1996, 335 p.
Larrieu Françoise, Tant d’aubes après tant de nuits, La Simarre, Joué-lès-Tours 1991, 351 p.
Le Jeune Pierre, Le P’tit Pierre est resté là-bas, sans date ni mention de l’imprimeur.
Moussac (de)Chantal, Pastorale d’une femme à travers la vie de colons français en Tunisie (1920-1960), Tourettes-sur-Loup, 1989, 314 p.
Nahum André, Tunis-la-Juive raconte, Desclée de Brouwer, Paris, 2000, 137 p.
Nicolas P.A., Lettres d’un colon, Société des Ecrivains de l’Afrique du Nord, 1931, 60 p.
Payan-Drouet Paule, La reine aux pieds nus, publié d’après l’œuvre manuscrite, La ferme de Sidi-El-Attab, citée ci-dessous, rubrique « manuscrits ».
Rendu Christian, La Saga des pionniers, Lyon et la Tunisie (1880-1914), Ed. Chantoiseau, Lyon, 1995, 265 p.
Salmiéri Adrien, La chronique des morts, éd. Julliard, 1974
Sébillote Richard, Djebel Ahmar, Colonisation à Maknassy en 1931, 5 tomes, auto-édition (environ 1500 p.)
Spitéri Gérard, Bonheur d’exil, Collection Haute Enfance, Gallimard, 1998, 155 p.
Stefano (di) Rosaire, A flanc de Bou-Kornine, Auto-édition Ragusa, Italie, 1985, 322 p.

inédits (restés au sein des familles):
Chappuis Daniel, L’Oued R’mil, ou d’Aïn Arnat à El Aroussa, Chronique familiale,1853-1962, 2009, 145 p. 
Charmetant Claude, archives familiales rassemblées par Joseph Charmetant, 11 fascicules (environ 1000 p.)
Chavent Augustin, L’Aventure tunisienne de la famille Augustin Chavent (1880-1960 – 600 p. environ)
Escard Jean-Claude, Les Portes de France, Histoire de la famille Gandolphe (XVIIe-XXe siècle), 2009 , 232 p.
Golvin-Milon Janine, Chère et belle Tunisie, 2000, 160 p.
Vallin Guy, Histoire d’une vie, 1995, 155 p.
Ces bleds tunisiens d’où nous venons, Bou-Arada, Goubellat, El Aroussa, 2 fascicules, 2000, 120 p.
SSBA, Société Sportive Bou-Aradienne, 2007, 10 p.
Œuvre collective, Livre d’Or Massicault, 2005, 187 p. + 63 p. d’annexes.
Œuvre collective dirigée par G. Regnet, date indéterminée (2000 ?), non paginé (à peu près 150 p. avec nombreuses reproductions photographiques), Notre Tunisie, 1882-1964

manuscrits (restés au sein des familles):
Drouet Paule, La Ferme de Sidi Ali El Attab, 2008, 150 pages (format A4)
Goussaud-Audebert Alice, Souvenirs(1895-1943), 1963, 30 pages format A4, témoignage oral retranscrit, daté et signé par le témoin après relecture
Lhospital Robert, Souvenirs, 1980 (10 cahiers d’écolier)
Penet-Crété Marguerite, Souvenirs (1886-1914), 1960, 30 pages (format A4)

Fonds Geneviève Falgas :
Correspondances diverses et témoignages oraux relatifs à la vie quotidienne à l’époque du protectorat
Courts récits sur des événements précis (entre autres, conditions du départ de Tunisie en 1964)
Trois enquêtes d’opinion, la première, en 2002 (une centaine de réponses), relative entre autres questions au « retour » en France ; les deux autres relatives au tourisme en Tunisie à l’époque du protectorat : 2006 et 2009 (une cinquantaine de réponses).

Publications historiques du même auteur :
aux éditions L’Harmattan :
- Les Français de Tunisie, de 1881 à 1931, éditions L’Harmattan, 2013, 367 pages.
- Le Consulat de France à Tunis aux XVIIe et XVIIIe siècles, vie quotidienne, éd. L’Harmattan, 2014, 295 p.
- Les Oies sauvages, une famille française en Tunisie, 2009, 288 p.
aux éditions Alan Sutton :
- Tunis, collection Mémoires en Images, éd. Alan Sutton, 2006, 127 p.
- Tunis, la ville moderne, collection Evocations, éd. Alan Sutton, 2005, 127 p. + XVI p. couleur.
- Voyage en Tunisie, Regards d’hier et de toujours, 2005, documentation iconographique Sauveur Farrugia, collection Mémoires en Images, éd. Alan Sutton, 2005, 192 p. + XVI pages couleur.
- Français de Tunisie, Les dernières années du protectorat,  collection Evocations, éd. Alan Sutton, 2004, 127 pages.